POLYNELISE

Elise et les iles de la Polynésie

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1 octobre 2014
par Elise
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Dans les secrets des FLEURS de POLYNESIE

Savez-vous que l’herbe produit des fleurs ? Que les fleurs des bougainvilliers n’en sont pas vraiment ? Que les frangipaniers, les hibiscus multicolores et même la fameuse tiare Tahiti ne sont pas originaires de Polynésie française ! Autant d’idées reçues qui méritent quelques explications ?
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Mais d’abord, quelques notions fondamentales sont à rappeler ou à connaître. Les fleurs sont l’apanage des plantes à fleurs, autrement appelées Angiospermes par les botanistes. Les conifères, fougères, mousses et autres lichens n’en possèdent effectivement pas. Les fleurs constituent une avancée majeure dans l’évolution des plantes puisqu’elles regroupent l’ensemble des organes reproducteurs (les étamines étant la partie mâle, le pistil la partie femelle) et permettent, pour de nombreuses espèces, une interaction avec les animaux dans la pollinisation. Ce sont généralement les plantes qui sont pollinisées par des animaux (insectes tels les abeilles, oiseaux ou chauves-souris) qui produisent des fleurs remarquées et admirées par l’homme, pour leurs couleurs, leurs formes ou leurs odeurs. La présence de nectar est aussi déterminante pour l’attraction de certains animaux pollinisateurs. Aussi, les autres plantes à fleurs qui ont adopté d’autres stratégies de pollinisation, comme par exemple le vent (plantes dites anémophiles), n’ont-elles pas développé de fleurs remarquables ni pour les animaux, ni pour l’homme. Il s’agit notamment de la plus grande partie des herbes comme les Graminées (ou Poacées) et les Cypéracées qui sont considérées par tout un chacun, à tort, comme ne produisant pas de fleur. Inversement, sont parfois interprétés comme fleurs, des organes n’en étant pas. Relativement commun dans le paysage polynésien, le bougainvillier en est l’exemple type puisque ce sont des feuilles modifiées ou bractées – comme les dénomment les botanistes – qui arborent les couleurs chatoyantes typiques du genre Bougainvillea. Ses fleurs sont de petites tailles, de couleur jaunâtre et masquées à l’extrémité des rameaux par les feuilles colorées. Il en est de même pour l’euphorbe écarlate (Euphorbia cyathophora) aux bractées chamarrées de rouge et aux fleurs verdâtres passant inaperçues….
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LE PARADIS DES FLEURS
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La Polynésie française et notamment Tahiti et les autres îles de l’archipel de la Société sont réputées pour la luxuriance de leur végétation et la présence de fleurs tout au long de l’année. Cette réputation tient à la fois en la relative abondance des fleurs à Tahiti et en leur relative rareté dans les pays tempérés d’où viennent la plupart des visiteurs étrangers. En effet, le climat des îles de la Société est qualifié de tropical humide. Même si le cycle annuel est bien marqué avec une saison plutôt chaude et humide et une saison plutôt fraîche et sèche, les températures et la pluviométrie sont toute l’année durant très favorables au développement de la végétation et aux floraisons. Par contre, en Europe, en Amérique du Nord, au Japon, en Nouvelle-Zélande ou dans le sud de l’Australie, le climat est beaucoup plus tempéré avec une saison froide nettement marquée où les températures sont souvent négatives et une pluviométrie beaucoup plus limitée et/ou mal répartie sur l’année, deux facteurs très limitants à la croissance de la végétation et aux floraisons durant une grande partie de l’année. Par ailleurs, la flore des pays tempérés est en grande partie constituée de plantes à fleurs pollinisées par l’intermédiaire du vent et ne produisant donc pas de fleurs attractives pour les animaux ni spectaculaires pour l’homme, à la différence de la Polynésie où les espèces dont le pollen est disséminé par le vent sont très peu communes
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GOUT POUR LA NOUVEAUTE ET AMOUR DES PLANTES
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Il ne faut pas oublier non plus que la plus grande partie des fleurs observées par les visiteurs dans les différentes îles polynésiennes appartiennent à des espèces introduites par l’homme et sélectionnées justement pour leurs fleurs de grande taille, très colorées ou très odorantes. En effet, les Polynésiens, fins horticulteurs, amoureux des plantes et de la nouveauté, ont successivement introduit et acclimaté des centaines de plantes ornementales depuis plus d’une centaine d’années, à l’image des Occidentaux du XIXe et du début du XXe siècle comme le célèbre Harrison Smith, initiateur du Jardin Botanique de Papeari sur l’île de Tahiti qui porte aujourd’hui son nom. L’abondance des espèces et des cultivars (nom donné à une variété née ou maintenue en culture ; variété horticole) d’hibiscus (Hibiscus spp.), de frangipaniers (Plumeria spp.), de bougainvilliers (Bougainvillea spp.), d’anthurium (Anthurium spp.), d’oiseaux de paradis (Heliconia spp.), de jasmins (Jasminum spp.) ou encore d’ixora (Ixora spp.) témoigne de cette soif de fleurs et de nouveautés. Ainsi, les fleurs admirées aujourd’hui dans les jardins polynésiens sont elles essentiellement des plantes introduites depuis la période du Contact et l’arrivée des navigateurs européens à la fin du XVIIIe siècle ; plantes appelées introductions modernes par les botanistes

DES FLEURS APPORTEES PAR LES POLYNESIENS
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Mais il n’en a pas toujours été ainsi. En effet, avant l’arrivée des Européens, plusieurs plantes cultivées dans les jardins ou à proximité des fare (nom tahitien désignant la maison) fournissaient des fleurs utilisées comme ornements dans des colliers, dans les couronnes ou tout simplement dans la chevelure ou sur l’oreille. Les deux espèces les plus connues, la Tiare Tahiti (Gardenia taitensis) et l’hibiscus local à fleurs rouges ou ‘aute (Hibiscus rosa-sinensis), sont toujours très largement cultivées pour leurs qualités ornementales mais étaient et sont toujours employées pour leurs vertus médicinales, largement méconnues des visiteurs. Pourtant typiques et caractéristiques de la Polynésie française, ces deux plantes n’en sont étonnamment pas originaires !

Il s’agit, comme environ 80 autres espèces végétales, d’introductions polynésiennes. Elles ont donc été intégrées à la flore des différentes îles à la faveur des migrations polynésiennes ayant eu cours entre la fin du premier millénaire et la fin du XVIIIe siècle. La plupart de ces espèces consistent en des introductions volontaires de plantes utiles (alimentaires, médicinales, tinctoriales, plantes à fibres…) tandis que d’autres sont des introductions involontaires (graines collantes, graines cachées dans de la terre ou sur d’autres végétaux ou animaux…) qu’il est possible de qualifier de mauvaises herbes polynésiennes (mais pas forcément dépourvues d’usages).

La Tiare Tahiti n’est donc pas endémique (terme qui qualifie une plante qui est propre à une région biogéographique donnée, d’aire souvent restreinte) de Tahiti ou de Polynésie française. Il s’agit d’une espèce introduite par les premiers Polynésiens à partir de son aire d’origine qui recouvre les formations calcaires soulevées du Vanuatu ainsi que des îles Fidji, Tonga et Samoa. Son nom latin, Gardenia taitensis, indique en l’occurrence l’endroit où il a été observé pour la première fois par les botanistes et où il est le plus cultivé dans le monde avec même la présence de plusieurs cultivars. Une autre plante locale aux grandes fleurs en tube, de couleur blanchâtre à jaunâtre et possédant une odeur très agréable pose néanmoins encore question aux botanistes. En effet, le pua est un arbre indigène (autochtone, non introduit par l’homme) rencontré assez fréquemment dans les montagnes tahitiennes sous sa forme sauvage (Fagraea berteroana var. berteroana) disséminée par les oiseaux frugivores. Mais il présente une forme cultivée à basse altitude aux fleurs de plus grande taille et encore plus odorantes, nommée pua no’ano’a (Fagraea longituba), et qui pourrait être un cultivar d’introduction moderne ou d’introduction polynésienne en provenance des Samoa ou Tonga, où cet arbre est très apprécié et cultivé

VALORISER LES FLEURS INDIGENES
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Mais les forêts tahitiennes recèlent des pépites cumulant intérêts ornemental et culturel qu’il conviendrait opportunément de mettre en valeur à notre époque où la flore ornementale s’homogénéise d’une île à l’autre, d’un pays à l’autre, d’un continent à l’autre. En effet, au-delà des idées reçues de fleurs minuscules, peu colorées ou faiblement odorantes, certaines espèces indigènes ou endémiques présentent un potentiel ornemental certain, avec en plus une histoire botanique ou des usages traditionnelles leurs donnant une profondeur culturelle plus importante. Le genre Ixora avec ses 20 à 30 arbustes endémiques de Polynésie française se développant dans tout type de milieu (atoll soulevé, forêts sèche, humide ou de nuages) constitue ainsi un candidat sérieux. Ses fleurs sont généralement très odorantes à la différence de celles des espèces introduites et les couleurs varient du blanc le plus pur au rose le plus intense.
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À basse altitude, en plaine littorale ou sur les basses pentes relativement sèches, des espèces littorales peuvent être favorisées comme le liseron de bord de mer ou pohue tatahi (Ipomoea pes-caprae subsp. brasiliensis), le naupata (Scaevola taccada) dont plusieurs variétés existent ainsi que des formes à fleurs blanches ou pourpres, le jasmin sauvage ou tafifi (Jasminum didymum), les lianes tutae pua’a (Mucuna gigantea et M. sloanei) aux gousses urticantes mais renfermant de belles graines, ou encore le pandanus ou fara (Pandanus tectorius) dont seuls les pieds mâles font des inflorescences blanches imposantes et très odorantes appelées hinano. Dans les vallées ou les sites plus humides ou situés plus en altitude, outre le pua évoqué précédemment, peuvent être testés l’arbrisseau motu’u (Melastoma denticulatum), cousin indigène du miconia (Miconia calvescens) envahissant, l’herbacée maupo (Dianella adenanthera) formant également des fruits violets à bleus, la myrtille tahitienne ‘opu’opu (Vaccinium cereum) aux fruits comestibles ou le délicat fuchsia (Fuchsia cyrtandroides), endémique de Tahiti et très isolé entre ses plus proches cousins néo-zélandais et sud-américains. Ainsi, nous ne pouvons qu’espérer un XXIe siècle voyant le retour des fleurs locales, des fleurs spécifiques, des fleurs endémiques sur les bords de route et dans les jardins polynésiens, preuves de singularité de Tahiti et ses îles et de renouement de la population avec ses plantes communes ou particulières, esthétiques ou historiques, utiles ou patrimoniales
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Bottlenose dolphins

17 février 2013
par Elise
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Les MAMMIFERES MARINS de Polynésie Française

Devenu depuis 2002, officiellement, un « sanctuaire » pour les MAMMIFERES MARINS, les eaux de la Polynésie Française en accueillent plus d’une vingtaine d’espèces. Dans ce vaste espace océanique, baleines et dauphins évoluent en toute liberté, préservés et protégés.

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DES « GROS POISSONS » QUI N’EN SONT PAS !

En premier lieu, il convient de rappeler que BALEINES et DAUPHINS font partie de l’ordre dit des cétacés, un terme issu du grec « kêtos », signifiant « gros poisson ».

Mais malgré l’origine de leur nom, les cétacés sont des mammifères ! Ainsi, ils allaitent leur petit. Certaines espèces possèdent même quelques poils, vestiges de lointains ancêtres terrestres. BALEINES et DAUPHINS naissent, vivent et meurent dans l’eau. À noter aussi que contrairement à celle des poissons, leur nageoire caudale est horizontale. Ils possèdent une ou deux narines appelées évents, situées au sommet de leur crâne et visibles lorsqu’ils viennent respirer en surface. Les 90 espèces de cétacés décrites de nos jours ont colonisé tous les océans du globe, la plupart des mers et même certains fleuves. On les divise en deux grands groupes : les cétacés à fanons et les cétacés à dents.

LES CETACES A FANONS…

Les cétacés à fanons sont appelés ainsi en raison de lames cornées appendues à leur mâchoire supérieure. Ces lames qui agissent comme des filtres, leur permettent d’ingurgiter de grandes quantités de nourriture. Ces animaux, qui possèdent deux évents, sont pour la plupart migrateurs; ils se déplacent entre lieux d’alimentation et lieux de reproduction. Six espèces ont déjà été observées dans les eaux polynésiennes, la plus connue étant la BALEINE A BOSSE.

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… ET LEUR STAR, LA BALEINE A BOSSE !

Observée en Polynésie entre les mois de juin et de novembre, la BALEINE A BOSSE doit son nom à la petite bosse sur laquelle est juché son aileron dorsal. Souvent démonstrative, elle sort régulièrement sa nageoire caudale hors de l’eau lorsqu’elle plonge. Les femelles, plus grosses que les mâles, peuvent mesurer 13 à 15 mètres et peser 40 tonnes. Lors de leur séjour dans les archipels, elles mettent bas et allaitent leur petit sans s’alimenter. Elles peuvent alors perdre un tiers de leur poids ! Les mâles entonnent des chants puissants, peut-être pour délimiter leur territoire et attirer les femelles qu’ils escorteront pendant quelques heures ou quelques jours. Puis elles repartent pour les eaux antarctiques, où les baleines polynésiennes se nourrissent pendant l’été austral.

LES CETACES A DENT

Les CETACES A DENTS, qui possèdent un seul évent, sont bien représentés en Polynésie. On y observe trois familles distinctes : les CACHALOTS, les BALEINES A BEC et les DAUPHINS à proprement parler. Observé de temps en temps dans les eaux Polynésiennes, le GRAND CACHALOT peut mesurer 18 mètres et peser 50 tonnes. Il est un animal de légende. Pélagique, c’est à dire vivant en pleine mer il s’approche rarement des côtes.

LE CACHALOT, ANIMAL DE LEGENDE

Le CACHALOT est reconnaissable à son grand corps massif, brun et ridé. Son énorme tête rectangulaire peut mesurer un tiers de la taille de son corps. Pour se nourrir, il est capable de descendre à des profondeurs de 3 000 mètres et de rester une heure trente en apnée ! Femelles et jeunes se rassemblent sous les latitudes Polynésiennes tandis que les grands mâles parcourent de longues distances pour s’alimenter dans les eaux riches des latitudes tempérées et subantarctiques. Il existe en Polynésie deux autres espèces de cachalots, bien présentes mais difficiles à observer : le CACHALOT PYGMEE et le CACHALOT NAIN. D’une taille de 2 à 3,5 mètres, on les identifie par temps calme, lorsqu’ils viennent respirer à la surface : ils ressemblent alors à des troncs d’arbre flottants…

LES BALEINES A BEC

Malgré leur nom, les BALEINES A BEC sont bien des cétacés à dents… Deux espèces sont régulièrement observées en Polynésie, le MESOPLODON DE BLAINVILLE et la BALEINE A BEC DE CUVIER. Discrets en surface et peu connus, ces animaux de 4 à 7 mètres de long ont un corps brun clair parsemé de cicatrices et surmonté d’un petit aileron dorsal excentré. Les mâles adultes possèdent deux dents proéminentes sur la mâchoire inférieure, les femelles n’en ont aucune.

ONZE ESPECES DE DAUPHINS

Onze espèces de DAUPHINS se partagent les eaux des archipels Polynésiens. Parmi elles, notons le GLOBICEPHALE TROPICAL, gros dauphin noir à tête ronde habituellement observé en groupes de 40 à 60 individus. On l’identifie en surface grâce à son aileron dorsal large et souvent crochu. Généralement curieux à l’égard des embarcations, il lui arrive même de sortir la tête hors de l’eau…

Le DAUPHIN D’ÉLECTRE est abondant dans l’archipel des Marquises où des groupes de plusieurs centaines d’individus sont croisés près des côtes. Reconnaissable à son corps sombre, sa tête arrondie et son museau pointu bordé de lèvres blanches, c’est un dauphin peu connu.

Le GRAND DAUPHIN est très accessible au nord-ouest et au centre des Tuamotu où il fréquente la frange côtière des atolls, l’abord des passes et les lagons.

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Le DAUPHIN A BEC ETROIT a le dos sombre, le ventre blanc-rosé et les flancs parsemés de taches arrondies. Sa tête aplatie et son bec fin lui donnent une allure étrange. Démonstratif et souvent curieux vis-à-vis des embarcations, il voyage régulièrement en compagnie d’autres espèces.

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Le DAUPHIN TACHETE PANTROPICAL et le DAUPHIN A LONG BEC sont les plus petits cétacés Polynésiens. Le DAUPHIN TACHETE est abondant aux Marquises, rare dans les autres archipels. Le DAUPHIN A LONG BEC est fréquemment observé autour des îles de la Société où des groupes de 30 à 60 individus viennent quotidiennement se reposer autour des passes et dans les baies des lagons. Ces deux espèces sont réputées pour leurs sauts spectaculaires.

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PRESENT DANS TOUS LES ARCHIPELS

La répartition et l’abondance des cétacés dépendent de la richesse nutritive de leurs habitats, de la superficie du territoire, de la profondeur du plancher océanique et de certaines caractéristiques locales qui brossent un tableau diversifié des zones de présence.

Ainsi, les archipels des Australes et des Tuamotu-Gambier accueillent des BALEINES A BOSSE en saison, des CACHALOTS et des BALEINES A BEC en faible densité. Le nord-ouest et le centre de l’archipel des Tuamotu a été colonisé par les GRANDS DAUPHINS, visibles près des côtes.

L’archipel de la Société abrite une bonne diversité d’espèces avec la présence remarquable des DAUPHINS A LONG BEC, DAUPHINS A BEC ETROIT, DAUPHINS D’ÉLECTRE, BALEINES A BEC, GLOBICEPHALE et BALEINES A BOSSE en saison.

Aux Marquises, les eaux très riches servent notamment de refuge au DAUPHIN TACHETE, au DAUPHIN D’ÉLECTRE, au DAUPHIN A LONG BEC et au GLOBICEPHALE. D’autres espèces, tel que le DAUPHIN DE RISSO, préfèrent le grand large et sont donc rarement observées. Certaines enfin, comme l’ORQUE, la FAUSSE-ORQUE ou les RORQUALS, sont pélagiques, peu communes et/ou saisonnières.

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MYTHES ET LEGENDS

Étrangement, les récits concernant la présence ancienne de BALEINES A BOSSE dans les eaux Polynésiennes sont absents. Les premiers baleiniers qui faisaient escale à Tahiti lors de leurs longues campagnes en mer capturaient des GRANDS CACHALOTS aux Marquises. Ce sont des Marquises également que nous proviennent certains mythes anciens où les DAUPHINS sont chassés et utilisés comme monture. Des objets précieux réalisés en dents de cétacés étaient autrefois portés par les chefs et leurs proches.

À Ua Pou, jusque dans les années 1970, de petites espèces de DAUPHINS (KUMIA ou KOHIO) étaient chassées. Quant à la chasse à la BALEINE A BOSSE s’est développée sporadiquement dans l’archipel des Australes avec l’arrivée des baleiniers européens à la fin du 19e siècle. Mais que l’on se rassure, la dernière baleine y a été tuée en 1957 soit il y ‘a plus de 55 ans…

OBSERVER LES CETACES

Observer des CETACES en liberté est une expérience inoubliable accessible à tous. Par temps calme, il est facile de repérer un souffle, un remous, autant d’indices pouvant trahir leur présence. Depuis 1992, le « whale-watching » permet d’approcher les CETACES polynésiens dans leur milieu. Malheureusement, un whale-watching excessif peut également leur nuire, en étant source de perturbations et de stress. Il est donc important de s’informer sur les espèces rencontrées, le comportement des animaux et la réglementation afin de garantir une observation satisfaisante et un dérangement minimum.

Voici quelques règles simples à respecter : ne jamais couper la route d’un CETACE, le coincer, l’encercler, tenter de le toucher, séparer une mère et son petit, crier ou taper sur le bateau. Malgré leur bonne réputation, n’oublions pas que BALEINES et DAUPHINS sont des animaux sauvages et puissants. Une méconnaissance de leurs comportements, activités ou de la structure sociale des groupes peut entraîner de mauvaises surprises.

UN SANCTUAIRE

Le sanctuaire des mammifères marins de Polynésie a officiellement vu le jour le 13 mai 2002 grâce au travail du cétologue Franco-américain Michael Poole, qui depuis 25 ans consacre sa vie à l’étude des CETACES polynésiens. Ce sanctuaire de 4,8 millions de km2 est le plus grand du monde par sa taille dans un seul océan ! Le principe d’un sanctuaire de faune sauvage est de préserver le fonctionnement naturel des populations animales, leur permettant de continuer à mener leur vie à l’abri des activités humaines.

C’est le même objectif que poursuit le GEMM, ou Groupe d’Étude des Mammifères marins. Dans ce vaste sanctuaire, unique à l’échelle mondiale, BALEINES et DAUPHINS peuvent donc évoluer en toute liberté, protégés et respectés. Un réel « paradis » pour ces animaux, et une belle opportunité pour les Hommes de partir à la rencontre de cette vie sauvage si précieuse.

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26 janvier 2013
par Elise
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TUBUAI, l’ile aux contrastes

Au cœur de l’Archipel des Australes, ce lieu hors des sentiers battus propose à ses visiteurs la découverte des multiples visages de la beauté polynésienne. Entre vert émeraude et bleu azur, plaines et montagnes, culture et nature, passé et présent, un voyage inoubliable.

A partir de l’île de Tahiti, quelques dizaines de minutes d’avion sont nécessaires pour partir à la rencontre de l’Archipel des Australes, peut-être, le moins connu des cinq Archipels du pays mais réservant de très belles découvertes.

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S’étendant sur 850 km et positionné à cheval sur le Tropique du Capricorne, entre le 20è et 30è parallèle, les cinq îles qui le forment proposent la somme des charmes de la Polynésie avec les attraits des îles hautes et la beauté des lagons. À noter que les Australes, à la limite sud de la Polynésie française, constituent les dernières îles dans cette région du Pacifique avant… l’Antarctique, là-bas aux confins du globe vers le 70è parallèle… Entre les deux le bassin Sud Pacifique, vierge de toute terre ! Une grande distance et un long voyage que n’hésitent cependant pas à parcourir les baleines à bosse qui remontent des eaux de l’Antarctique durant l’hiver austral (juillet aout et septembre) pour hiverner dans les eaux plus clémentes de l’archipel. Là, dans cet « avant-poste » sur l’océan, vivent, six mille trois cents Polynésiens représentant à peine 3 % de la population du pays…Des insulaires qui ont une identité culturelle bien distincte ainsi que leur langue, encore couramment parlée, le reo tuha’a pae. Ils sont répartis dans cinq îles : Rurutu, Rimatara, Raivavae, Rapa et, bien sûr Tubuai.

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Au premier regard, cette dernière se dévoile comme un bel ovale aux dégradés de vert, ourlée d’une spectaculaire bande bleu azur, en fait son lagon, particulièrement large, vaste et beau. L’ensemble est comme posé délicatement au milieu de l’Océan Pacifique, comme surgi de nulle part. Une vision marquante, et une incitation à poser le pied sur cette terre de 45 km2.

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Un environnement exceptionnel

Tubuai, ou plus exactement Tupu’ai de son réel nom polynésien, fut, probablement, peuplée aux environs de l’an mille, lors du grand mouvement d’installation des Polynésiens dans toutes les îles formant l’actuelle Polynésie française. Hélas, peu de données permettent d’en savoir plus sur les conditions et les dates exactes de cette arrivée sur des terres alors vierges de toute présence humaine. Quoi qu’il en soit, les nouveaux venus développèrent une société complexe, très structurée, imprégnée de religion et parfaitement adaptée à son environnement. Parsemant l’île, les vestiges de mara’e – des lieux sacrés – et les connaissances transmises de manière orale au fil des générations, attestent aujourd’hui de cette situation.

Bien plus tard, en 1767, l’explorateur Samuel Wallis relève pour la première fois la présence de l’île. Mais la « découverte », pour les Européens, est à mettre au crédit du célèbre capitaine Cook. Lors de son troisième voyage dans le Pacifique, il aborde l’île en août 1777.

Puis après les explorateurs arrivèrent, 40 ans plus tard, dans ce bout du monde, les premiers missionnaires en l’occurrence, des protestants de la London Missionary Society qui s’attaquèrent à la conversion des habitants de l’île. Le « choc des civilisations », pour oser l’anachronisme, eu des conséquences dramatiques comme dans bien d’autres lieux du Pacifique Sud. En cause, notamment, l’apparition de maladies inconnues des insulaires, mais aussi l’introduction de l’alcool. Si les premiers explorateurs avaient dénombré, environ, 3 000 habitants à Tubuai à la fin du 18e siècle, il n’en serait resté que 300 quelques années plus tard. La société traditionnelle pré-européenne s’effondra sous le poids du dépeuplement et de l’abandon des croyances anciennes qui constituaient un lien social fort. Ensuite l’île connue le même destin que ses voisines polynésiennes passant sous protectorat français en 1842 avant d’être annexée en juin 1880. Mais avec l’entrée dans le 20ème siècle, la démographie se rétablit petit à petit et ce que certains pensaient perdu à jamais pu revivre: traditions, histoires, langues… Aujourd’hui, avec 2 000 habitants, Tubuai est l’une des îles les plus densément peuplées de l’archipel.

Elle en est le centre administratif bénéficiant ainsi de nombreuses infrastructures et services que lui confère ce statut. L’agriculture est l’activité dominante de l’île. Avec de vastes surfaces planes, la topographie s’y prête bien, fait rare dans nos îles. Une terre généreuse, un grand lagon tout aussi généreux et un climat plus tempéré font donc de Tubuai un beau jardin d’éden à parcourir et à découvrir. Attention, toutefois, le climat peut surprendre le visiteur qui devra prévoir des vêtements chauds, surtout pendant la période de juin à septembre. Mais qu’on se rassure tout de même l’Antarctique est très très loin…Et ce climat particulier, légèrement plus frais (températures moyenne entre 20 et 25 °C toute l’année), est des plus vivifiant et propice pour les activités tel la marche ! Le tourisme se développe sur l’île qui compte de solides atouts dont un environnement exceptionnel et aussi la richesse des sites historiques. De belles balades dans l’environnement et la culture en perspective pour ceux qui mettront le cap au sud vers ces Australes et Tubuai !

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Entre terre et mer

Visiteurs, du haut de cette montagne, tout Tubuai et son histoire, vous contemplent ! A 422 mètres d’altitude, le Mont Taita’a, point culminant de l’île, propose à ceux qui ont affronté ses pentes, une vision à 360° de l’île. Un panorama figurant parmi les plus beaux du pays et qui récompense les efforts de l’ascension. A la recherche de la meilleure vue, le marcheur doit se faufiler dans un dédale d’imposants blocs de roches volcaniques aux formes acérées. Elles lui rappellent la genèse de l’île qui, à l’instar de toutes les îles de la Polynésie française, est un ancien volcan. Dix à douze millions d’années auparavant, il a surgi du fond de l’océan avant de s’éteindre. Puis, il a été façonné au cours du temps jusqu’à son apparence actuelle: une tranquille île, entourée d’une grande formation corallienne, devenue barrière et séparant lagon et océan.

Comme dans un livre ouvert, cette belle histoire se dévoile aux yeux du marcheur. A l’Ouest, on peut admirer la montagne dite de « l’homme couché », culminant à 324 mètres avec le Mont Hanareho. Formant un beau demi-cercle, elle révèle aussi son origine volcanique puisqu’il s’agit des vestiges d’un plus petit volcan, plus jeune car actif 9 millions d’année auparavant. Mais il est temps de prendre le chemin du retour en parcourant le petit sentier qui suit la ligne de crête reliant le mont Taita’a au Mont Panee, son proche voisin.

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Le grand vert

A plusieurs reprises, cet étroit sentier s’enfonce dans une végétation abondante et l’on progresse entre deux murs végétaux. Arbustes, mousses, lichens et autres fougères aux dimensions spectaculaires et aux formes étranges abondent. Le soleil des tropiques perce difficilement cette végétation. Une plongée dans le grand vert qui est loin des habituelles clichés et images de la Polynésie mais évoquant davantage quelques forêts amazoniennes voire préhistoriques. Pourtant, cette Polynésie n’est guère loin. A la faveur d’une trouée dans la verdure, elle ressurgit. Vers l’Est apparaissent le vaste lagon et les motu, des îlots de sables coralliens. On imagine, aisément, le soleil, le sable blanc, les cocotiers, l’eau limpide… Un autre monde, un autre univers dans une si petite île… Puis en tournant son regard vers l’Ouest apparaissent deux vastes surfaces parfaitement planes, vision rarissime dans nos îles. Ce ne sont certes pas des plaines mais des marais : Matavahi et Mihiura. Ils constituent une des grandes particularités de l’île, une des richesses avec leur flore spécifique.

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Terres fertiles

Après l’ascension et ses visions de rêve, retour plus bas, sur terre mais pas n’importe laquelle. L’île est souvent présentée comme un des « greniers » de la Polynésie française. Sa topographie particulière marquée par la présence de plaines, son sol et le climat tempéré sont des facteurs très favorables à l’agriculture. Un jardin sur l’océan où se cultivent, en abondance, pommes de terre, choux, carottes, tomates, salades, pastèques, et bien sur le taro, cet tubercule qui apprécie particulièrement les terrains humides et dont l’archipel des Australes s’est fait une spécialité. Elle est une plante pleine de vertus nutritives mais dont la culture est un travail difficile, car peu mécanisable. Les produits de l’agriculture sont consommés sur place mais aussi expédiés par bateau, à plus de 650 km au nord, vers l’archipel de la Société, regroupant plus de 75 % de la population et donc la grande masse des consommateurs. L’organisation d’un tel circuit n’est pas une chose simple, on s’en doute. Mais ainsi sont les contraintes de l’insularité. Plusieurs centaines d’hectares sont donc mis en valeur sur l’île par les Tupua’i, comme se nomment, eux même, les habitants de l’île. Presque chaque famille possède son « domaine ».

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Du coup, et contrairement à beaucoup d’îles polynésiennes, les habitations ne sont pas regroupées mais dispersées. Pas de village donc mais plutôt des petits regroupements de maison. Ce paysage est agréable à parcourir et on s’y plonge en faisant le tour de l’île et en suivant la belle route traversière reliant Mataura et Mahu par le cœur de l’île. De nombreux chemins parcourent les plaines et les piémonts pour desservir ces champs. Là encore, la plongée dans ce paysage est dépaysante avec ses tracteurs sillonnant les champs laissant apparaitre une terre noire que l’on devine fertile ou, lorsque les cultures sont faites des alignements de plantations. Vaches et chevaux paissent çà et là…Le visiteur pourrait se croire subitement transporté dans les terres agricoles des pays d’Europe ou d’Amérique du Nord. Mais des bananiers plantés en bordure de champs et sur les chemins et les impressionnants litchis ont tôt fait de ramener aux latitudes tropicales.

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Les témoins du passé

Dans la société traditionnelle pré-européenne, l’île avait, apparemment, une importance particulière comme en témoignent de nombreux vestiges de marae, ces lieux sacrés lien entre le monde des humains et celui, vaste, des dieux polynésiens. Ils accueillaient des cérémonies très codifiées, parfois sacrées mais aussi liées à des événements de la vie tels les naissances, la réalisation des tatouages et les rites de passage dans les différentes étapes de la vie. La société traditionnelle avait un fonctionnement très ritualisé comme en témoignent de nombreux lieux de l’île et plus particulièrement ceux de Taahuaia avec le marae Hano et le marae Haarii. Ce dernier possède une impressionnante pierre ou les familles royales de l’île effectuaient un rituel bien précis. Après la naissance, on y coupait le cordon ombilical des nouveaux nés. Il faut prendre le temps de partir à la recherche de ces lieux, des vivants témoignages de la société ancienne.

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Féérie des plages

A noter que le littoral de l’île est – fait rare – constitué par une longue plage quasi -ininterrompue et donc particulièrement propice à de belles baignades. Là, sur ces nombreuses plages, ombragées par les arbres, se déclinent des palettes de couleurs impressionnantes. Le sable a, ici, des couleurs que l’on ne retrouve nulle part ailleurs : jaune, rosée, orangée… Une véritable féérie. Mais en dehors des contemplations esthétiques et des agréables moments de farniente, le lagon est aussi un élément clef de la vie de la population par les ressources naturelles qu’il procure. Celui de Tubuai est particulièrement connu pour son abondance en bénitier (Tridacna maxima de son nom scientifique). Une ressource convoitée mais que les Tupua’i veillent à préserver. Plus surprenant, l’île ambitionne aussi de devenir un haut lieu pour la pratique du Kitesurf, un des derniers sports de glisse dans le vent pourrait-on dire car consistant à se faire tracter sur une petite planche par un grand cerf-volant. Une discipline en plein essor dans le monde. Avec son vaste lagon et ses vents réguliers, le pari n’est peut-être pas aussi insensé. D’ailleurs de nombreux windsurfeurs et Kitesurfeurs débarquent déjà régulièrement pour s’adonner à leur passion dans cet environnement des plus agréables.

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Motu « One », le commencement

Mais la découverte de l’île ne saurait être complète sans une visite à un lieu étonnant et un peu irréel, le « Motu One », nom donné à un petit un banc de sable, zébré d’affleurements de corail, adossé à la barrière de corail juste en face de Mataura. De ce fragile îlot de sable blanc et dans la lumière déclinante de la fin de journée, Tubuai, surnommée l’île « verte », apparait dans toute sa beauté. Quelques nuages s’accrochent à ses hauteurs et on découvre toutes les nuances de couleurs créées par les différentes végétations. La présence humaine avec ses maisons et habitations se perd dans cette verdure. Une vision sereine et reposante comme un premier matin du monde.

Tubuai : l’impossible refuge des mutins du Bounty

De la mutinerie du Bounty à la fin du 18e siècle, sans doute la plus célèbre de l’histoire maritime, on ne retient bien souvent que le nom des deux principaux protagonistes : le honni capitaine Bligh et le rebelle second lieutenant Fletcher Christian. L’aventure a été largement popularisée par de nombreux ouvrages et surtout par quatre adaptations cinématographiques. En revanche, peu connu est le rôle jouée par l’île de Tubuai et ses habitants. Rappelons que lorsque survint la mutinerie, le capitaine Bligh était en mission à Tahiti à bord du H.M.S Bounty pour en ramener des arbres à pain, uru en Tahitien. Les Anglais qui avaient repéré cette plante lors des voyages du capitaine James Cook, comptaient bien les acclimater dans les Caraïbes pour qu’elles constituent une nourriture bon marché pour les esclaves. Le 28 avril 1789 sur le chemin du retour à l’issu d’un séjour de plus de six mois sur l’île de Tahiti, une partie de l’équipage se rebella. Bligh fut abandonné sur une chaloupe avec les hommes d’équipages restés fidèles à son autorité. Connaissant le sort peu enviable réservé par l’Amirauté Britannique à tous mutins – la pendaison – leur leader Fletcher décida de trouver une « cache » plus sûre que l’île de Tahiti pour le navire et les hommes. Il jeta son dévolu sur Tubuai, terre isolée et moins connue. Il l’aborda une première fois le 24 mai 1789 mais dû faire face rapidement à l’hostilité des habitants de l’île. Dans la bataille qui s’en suivit 12 insulaires auraient été tués par les armes à feu et les canons de la Bounty. Ils n’avaient à leur opposer que des pierres et des lances ! Le lieu de cette première bataille, face à la passe Te Ara Moana, est resté dans la mémoire comme la « Baie Sanglante ». Elle est située à Mataura, à proximité de l’actuel aéroport.

Forteresse

Après être retournée à Tahiti, la Bounty fit une deuxième tentative d’installation un mois plus tard, le 23 juin 1789, insistant car ayant bien conscience des ressources abondantes de l’île. Furent amenées des provisions, du bétail et aussi des cadeaux pour tenter de se concilier les habitants de l’île. Mais l’incompréhension s’installa encore plus vite que les mutins n’ayant pas perçu la complexité de la société de l’île avec sa hiérarchie, ses coutumes, ses règles précises et élaborées. Loin de l’image du « sauvage », en fait, ancrée dans les esprits européens de l’époque.

Comme un symbole de cette incompréhension et de ce fossé, les mutins entreprirent la construction d’un gigantesque fort dans ce qui est aujourd’hui le littoral de Taahuaia. L’ouvrage était impressionnant avec des côtés d’une centaine de mètres, entouré de douves alimentées par les eaux et du lagon et un pont levis. Le navire et ses menaçant canons, constituait un élément de la défense de l’ensemble. La coexistence ne dura pas longtemps et les relations s’envenimèrent jusqu’à une grande bataille où auraient péri plus de 60 habitants de l’île, décimés, une nouvelle fois par les armements modernes des Anglais.

Finalement, le 17 septembre 1789, les mutins quittèrent cette île qui leur était maintenant hostile, abandonnant la forteresse. Une partie d’entre eux décida alors de pousser plus loin encore vers l’Est pour se réfugier sur la minuscule île volcanique de Pitcairn, au bout du monde connu, hors de portée de la vindicte de la marine anglaise et loin du « paradis » tahitien, aussi.

De cette rencontre improbable entre deux mondes et de ces événements ne subsistent aujourd’hui plus guère de trace visible. Sur la belle plage de sable blanc de Taahuaia, emplacement de ce qui fut ce Fort Georges, ne reste que les souvenirs et les récits de ses affrontements dans la mémoire collective de l’île.

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21 novembre 2012
par Elise
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Le TARO, roi des racines

Bien plus qu’un simple légume, le TARO est aujourd’hui un des accompagnements incontournables des repas polynésiens. Amené d’Asie par les premiers navigateurs, il est resté l’un des aliments de base de l’ensemble du triangle polynésien. Partons à la découverte de ce légume hors du commun…

Des plats traditionnels jusqu’aux inspirations de la cuisine moderne, le TARO demeure incontournable. Appelé « roi des racines », il est certainement l’une des traditions agricoles polynésiennes les plus anciennes.

Tubercule de la famille des Aracées, il présente une large racine d’une couleur allant du rouge à l’orange, et de longues tiges et feuilles d’un vert bleuté. Riche en amidon, mais pauvre en protéines, le TARO s’apparente à la pomme de terre bénéficiant d’une douceur et d’un parfum plus tropical. Les tiges et les feuilles ressemblent davantage aux épinards, et sont souvent surnommées « épinards tahitiens ».

En langue tahitienne (reo maohi), le nom TARO désigne à la fois la plante entière, racine, tige et feuilles, mais il est aussi utilisé pour designer la racine seule. Quant aux tiges, elles sont appelées « fafa » et les feuilles « pota ». Une distinction utile puisque le TARO est ce que l’on appelle une plante « versatile » : feuilles, tiges, tubercule, tout se mange !

Partis d’Asie vers 500 après Jésus-Christ, les premiers Polynésiens avaient emporté avec eux ce légume, mais aussi d’autres espèces botaniques, probablement dans le dessin de les cultiver sur les hypothétiques nouvelles terres. Ces grands navigateurs étaient aussi de véritables experts en botanique.

A partir de l’actuelle Polynésie française, le TARO s’est répandu dans l’ensemble du triangle polynésien, en particulier en Nouvelle-Zélande, aux îles Samoa, aux îles Fidji mais aussi bien au-delà, en Nouvelle-Guinée par exemple.

Les très nombreuses tarodières, plantations de TARO, mises à jour lors de fouilles archéologiques dans l’archipel des Australes et des Marquises prouvent la culture massive du tubercule depuis plusieurs centaines d’années. Dans les Tuamotu et dans les Gambier, malgré le climat sec et la pauvreté des sols composés quasi uniquement de soupe de corail, les anciens Polynésiens parvenaient à faire pousser le TARO. Après avoir creusé de profondes et impressionnantes fosses, ils les remplissaient avec des terres provenant de la décomposition de végétaux ou enrichis par les déjections d’oiseaux.

Au début du 20ème siècle, ces contraignantes méthodes furent progressivement abandonnées car il était plus simple d’importer le TARO à partir de Tahiti.

Aujourd’hui, les îles polynésiennes abritent près de 29 espèces différentes de TARO. La plus courante est plantée toute l’année dans la majorité des îles polynésiennes. On trouve également certaines variétés sauvages en pleine nature, notamment sur les pentes montagneuses des îles hautes.

Toutes ces espèces portent un nom en langue tahitienne (reo maohi), preuve de l’importance du TARO dans la culture polynésienne.

Le climat chaud et humide de la Polynésie a favorisé et favorise encore aujourd’hui son développement. C’est peut-être pour cette raison que cette plante à tubercule a depuis toujours constituée la base de l’alimentation des Polynésiens.

Planté sur des terrains marécageux dans des fosses profondes de 30 centimètres, ou en culture sèche accompagnées d’un système d’irrigation, le TARO prospère. Une fois planté, il se reproduit tout seul, grâce aux petites tiges nommées « rejets » qui poussent hors de la terre pour se replanter naturellement quelques dizaines de centimètres plus loin. A maturité, chaque racine mesure près de 20 centimètres de circonférence, et pèse jusqu’à cinq kilos !

Facile à cultiver, le TARO constitue également une ressource économique essentielle en Polynésie où 638 tonnes ont été produites en 2006. La majorité constitue la consommation locale, vendue en grands magasins, sur les marchés, mais aussi sur les bords des routes.

Outre les plantations à grande échelle reparties dans les archipels des Marquises, des Australes et de la Société, de nombreuses familles polynésiennes cultivent encore le TARO. Dans leur petit jardin ou leurs cultures familiales, la récolte du TARO se fait toute l’année. Elle permet de nourrir toute la famille, et de vendre le surplus. Dans les Australes notamment, il constitue une ressource essentielle. Le climat humide et plus frais que dans le reste de la Polynésie a favorisé son développement. Plus encore que dans les autres archipels Polynésiens, le TARO tient une place prépondérante dans la vie des Australes.

Les anciennes recettes, valeurs sûres de la cuisine polynésienne, subsistent. La majorité des Polynésiens n’imaginent pas leur repas autrement : « pas de repas traditionnel, sans TARO ! ».

La plupart du temps, le légume est acheté entier. Puis, il est épluché et ensuite, débarrassé de ses tiges et de ses feuilles. La chair, d’une couleur crème à rose est bouillie longuement pour la ramollir, certaines variétés étant très dures.

Le TARO trouve encore parfois sa place dans le four tahitien. Une fois cuit, il est coupé en cubes ou en tranches et accompagne à merveille tous les plats de viandes et de poissons. Le « popoi », TARO écrasé jusqu’à l’obtention d’une pâte qui se conserve plusieurs semaines, est l’une des préparations les plus anciennes. On raconte d’ailleurs qu’un navigateur étranger, perdu au large de l’archipel des Marquises, aurait survécu grâce à cette recette.

Outre cette légende, ce sont avant tout ses qualités nutritionnelles exceptionnelles qui font du TARO une véritable fierté locale. Certains Polynésiens n’hésiteront pas à vous parler des grands guerriers qui mangeaient du TARO avant de combattre. Les Marquisiens, parait-il, étaient plus forts que les habitants des Tuamotu (les Paumotu), car ils avaient ce précieux tubercule !

Aujourd’hui, les équipages de pirogues, à l’image des anciens navigateurs en font encore l’un de leurs aliments de prédilection les veilles des compétitions. Mais c’est l’ensemble des Polynésiens qui continuent de mettre le TARO à l’honneur. Loin de disparaitre face au diktat de la grande consommation et du fast-food, le TARO s’adapte. Les frites de TARO, au goût légèrement sucré sont désormais courantes.

A l’image de la patate douce qui a investi les livres de recettes et les cuisines des chefs du monde entier, le TARO commence son aventure dans la cuisine moderne. En purée, en velouté ou en beignet, il fait peau neuve. De Tahiti à la Nouvelle-Calédonie, le TARO inspire et se décline. Dans les familles aussi, chacun a sa recette de TARO : tranche de TARO au miel, TARO grenadine. A la table du dimanche, le TARO a encore de belles heures devant lui.