POLYNELISE

Elise et les iles de la Polynésie

Dans les secrets des FLEURS de POLYNESIE

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Savez-vous que l’herbe produit des fleurs ? Que les fleurs des bougainvilliers n’en sont pas vraiment ? Que les frangipaniers, les hibiscus multicolores et même la fameuse tiare Tahiti ne sont pas originaires de Polynésie française ! Autant d’idées reçues qui méritent quelques explications ?
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Mais d’abord, quelques notions fondamentales sont à rappeler ou à connaître. Les fleurs sont l’apanage des plantes à fleurs, autrement appelées Angiospermes par les botanistes. Les conifères, fougères, mousses et autres lichens n’en possèdent effectivement pas. Les fleurs constituent une avancée majeure dans l’évolution des plantes puisqu’elles regroupent l’ensemble des organes reproducteurs (les étamines étant la partie mâle, le pistil la partie femelle) et permettent, pour de nombreuses espèces, une interaction avec les animaux dans la pollinisation. Ce sont généralement les plantes qui sont pollinisées par des animaux (insectes tels les abeilles, oiseaux ou chauves-souris) qui produisent des fleurs remarquées et admirées par l’homme, pour leurs couleurs, leurs formes ou leurs odeurs. La présence de nectar est aussi déterminante pour l’attraction de certains animaux pollinisateurs. Aussi, les autres plantes à fleurs qui ont adopté d’autres stratégies de pollinisation, comme par exemple le vent (plantes dites anémophiles), n’ont-elles pas développé de fleurs remarquables ni pour les animaux, ni pour l’homme. Il s’agit notamment de la plus grande partie des herbes comme les Graminées (ou Poacées) et les Cypéracées qui sont considérées par tout un chacun, à tort, comme ne produisant pas de fleur. Inversement, sont parfois interprétés comme fleurs, des organes n’en étant pas. Relativement commun dans le paysage polynésien, le bougainvillier en est l’exemple type puisque ce sont des feuilles modifiées ou bractées – comme les dénomment les botanistes – qui arborent les couleurs chatoyantes typiques du genre Bougainvillea. Ses fleurs sont de petites tailles, de couleur jaunâtre et masquées à l’extrémité des rameaux par les feuilles colorées. Il en est de même pour l’euphorbe écarlate (Euphorbia cyathophora) aux bractées chamarrées de rouge et aux fleurs verdâtres passant inaperçues….
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LE PARADIS DES FLEURS
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La Polynésie française et notamment Tahiti et les autres îles de l’archipel de la Société sont réputées pour la luxuriance de leur végétation et la présence de fleurs tout au long de l’année. Cette réputation tient à la fois en la relative abondance des fleurs à Tahiti et en leur relative rareté dans les pays tempérés d’où viennent la plupart des visiteurs étrangers. En effet, le climat des îles de la Société est qualifié de tropical humide. Même si le cycle annuel est bien marqué avec une saison plutôt chaude et humide et une saison plutôt fraîche et sèche, les températures et la pluviométrie sont toute l’année durant très favorables au développement de la végétation et aux floraisons. Par contre, en Europe, en Amérique du Nord, au Japon, en Nouvelle-Zélande ou dans le sud de l’Australie, le climat est beaucoup plus tempéré avec une saison froide nettement marquée où les températures sont souvent négatives et une pluviométrie beaucoup plus limitée et/ou mal répartie sur l’année, deux facteurs très limitants à la croissance de la végétation et aux floraisons durant une grande partie de l’année. Par ailleurs, la flore des pays tempérés est en grande partie constituée de plantes à fleurs pollinisées par l’intermédiaire du vent et ne produisant donc pas de fleurs attractives pour les animaux ni spectaculaires pour l’homme, à la différence de la Polynésie où les espèces dont le pollen est disséminé par le vent sont très peu communes
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GOUT POUR LA NOUVEAUTE ET AMOUR DES PLANTES
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Il ne faut pas oublier non plus que la plus grande partie des fleurs observées par les visiteurs dans les différentes îles polynésiennes appartiennent à des espèces introduites par l’homme et sélectionnées justement pour leurs fleurs de grande taille, très colorées ou très odorantes. En effet, les Polynésiens, fins horticulteurs, amoureux des plantes et de la nouveauté, ont successivement introduit et acclimaté des centaines de plantes ornementales depuis plus d’une centaine d’années, à l’image des Occidentaux du XIXe et du début du XXe siècle comme le célèbre Harrison Smith, initiateur du Jardin Botanique de Papeari sur l’île de Tahiti qui porte aujourd’hui son nom. L’abondance des espèces et des cultivars (nom donné à une variété née ou maintenue en culture ; variété horticole) d’hibiscus (Hibiscus spp.), de frangipaniers (Plumeria spp.), de bougainvilliers (Bougainvillea spp.), d’anthurium (Anthurium spp.), d’oiseaux de paradis (Heliconia spp.), de jasmins (Jasminum spp.) ou encore d’ixora (Ixora spp.) témoigne de cette soif de fleurs et de nouveautés. Ainsi, les fleurs admirées aujourd’hui dans les jardins polynésiens sont elles essentiellement des plantes introduites depuis la période du Contact et l’arrivée des navigateurs européens à la fin du XVIIIe siècle ; plantes appelées introductions modernes par les botanistes

DES FLEURS APPORTEES PAR LES POLYNESIENS
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Mais il n’en a pas toujours été ainsi. En effet, avant l’arrivée des Européens, plusieurs plantes cultivées dans les jardins ou à proximité des fare (nom tahitien désignant la maison) fournissaient des fleurs utilisées comme ornements dans des colliers, dans les couronnes ou tout simplement dans la chevelure ou sur l’oreille. Les deux espèces les plus connues, la Tiare Tahiti (Gardenia taitensis) et l’hibiscus local à fleurs rouges ou ‘aute (Hibiscus rosa-sinensis), sont toujours très largement cultivées pour leurs qualités ornementales mais étaient et sont toujours employées pour leurs vertus médicinales, largement méconnues des visiteurs. Pourtant typiques et caractéristiques de la Polynésie française, ces deux plantes n’en sont étonnamment pas originaires !

Il s’agit, comme environ 80 autres espèces végétales, d’introductions polynésiennes. Elles ont donc été intégrées à la flore des différentes îles à la faveur des migrations polynésiennes ayant eu cours entre la fin du premier millénaire et la fin du XVIIIe siècle. La plupart de ces espèces consistent en des introductions volontaires de plantes utiles (alimentaires, médicinales, tinctoriales, plantes à fibres…) tandis que d’autres sont des introductions involontaires (graines collantes, graines cachées dans de la terre ou sur d’autres végétaux ou animaux…) qu’il est possible de qualifier de mauvaises herbes polynésiennes (mais pas forcément dépourvues d’usages).

La Tiare Tahiti n’est donc pas endémique (terme qui qualifie une plante qui est propre à une région biogéographique donnée, d’aire souvent restreinte) de Tahiti ou de Polynésie française. Il s’agit d’une espèce introduite par les premiers Polynésiens à partir de son aire d’origine qui recouvre les formations calcaires soulevées du Vanuatu ainsi que des îles Fidji, Tonga et Samoa. Son nom latin, Gardenia taitensis, indique en l’occurrence l’endroit où il a été observé pour la première fois par les botanistes et où il est le plus cultivé dans le monde avec même la présence de plusieurs cultivars. Une autre plante locale aux grandes fleurs en tube, de couleur blanchâtre à jaunâtre et possédant une odeur très agréable pose néanmoins encore question aux botanistes. En effet, le pua est un arbre indigène (autochtone, non introduit par l’homme) rencontré assez fréquemment dans les montagnes tahitiennes sous sa forme sauvage (Fagraea berteroana var. berteroana) disséminée par les oiseaux frugivores. Mais il présente une forme cultivée à basse altitude aux fleurs de plus grande taille et encore plus odorantes, nommée pua no’ano’a (Fagraea longituba), et qui pourrait être un cultivar d’introduction moderne ou d’introduction polynésienne en provenance des Samoa ou Tonga, où cet arbre est très apprécié et cultivé

VALORISER LES FLEURS INDIGENES
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Mais les forêts tahitiennes recèlent des pépites cumulant intérêts ornemental et culturel qu’il conviendrait opportunément de mettre en valeur à notre époque où la flore ornementale s’homogénéise d’une île à l’autre, d’un pays à l’autre, d’un continent à l’autre. En effet, au-delà des idées reçues de fleurs minuscules, peu colorées ou faiblement odorantes, certaines espèces indigènes ou endémiques présentent un potentiel ornemental certain, avec en plus une histoire botanique ou des usages traditionnelles leurs donnant une profondeur culturelle plus importante. Le genre Ixora avec ses 20 à 30 arbustes endémiques de Polynésie française se développant dans tout type de milieu (atoll soulevé, forêts sèche, humide ou de nuages) constitue ainsi un candidat sérieux. Ses fleurs sont généralement très odorantes à la différence de celles des espèces introduites et les couleurs varient du blanc le plus pur au rose le plus intense.
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À basse altitude, en plaine littorale ou sur les basses pentes relativement sèches, des espèces littorales peuvent être favorisées comme le liseron de bord de mer ou pohue tatahi (Ipomoea pes-caprae subsp. brasiliensis), le naupata (Scaevola taccada) dont plusieurs variétés existent ainsi que des formes à fleurs blanches ou pourpres, le jasmin sauvage ou tafifi (Jasminum didymum), les lianes tutae pua’a (Mucuna gigantea et M. sloanei) aux gousses urticantes mais renfermant de belles graines, ou encore le pandanus ou fara (Pandanus tectorius) dont seuls les pieds mâles font des inflorescences blanches imposantes et très odorantes appelées hinano. Dans les vallées ou les sites plus humides ou situés plus en altitude, outre le pua évoqué précédemment, peuvent être testés l’arbrisseau motu’u (Melastoma denticulatum), cousin indigène du miconia (Miconia calvescens) envahissant, l’herbacée maupo (Dianella adenanthera) formant également des fruits violets à bleus, la myrtille tahitienne ‘opu’opu (Vaccinium cereum) aux fruits comestibles ou le délicat fuchsia (Fuchsia cyrtandroides), endémique de Tahiti et très isolé entre ses plus proches cousins néo-zélandais et sud-américains. Ainsi, nous ne pouvons qu’espérer un XXIe siècle voyant le retour des fleurs locales, des fleurs spécifiques, des fleurs endémiques sur les bords de route et dans les jardins polynésiens, preuves de singularité de Tahiti et ses îles et de renouement de la population avec ses plantes communes ou particulières, esthétiques ou historiques, utiles ou patrimoniales
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2 Commentaires

  1. Comme les commentaires sont clos sur “La fleur tiare Tahiti”, je laisse un commentaire dans cette rubrique 🙂 Quand on met “tiare Tahiti” dans la recherche Images Google, la première image qui apparaît est celle de ton site !!!
    Site bien illustré et donnant un panorama sur la Polynésie, pour nous faire rêver.

  2. On voudrait encore plus de photos de fleurs qui nous font rêver 🙂
    Merci pour ce cours agréable de Botanique. Les commentaires en français et en anglais sont aussi intéressants.
    A bientôt pour de nouvelles découvertes de cette richesse naturelle loin de la grisaille et de la pollution.

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