POLYNELISE

Elise et les iles de la Polynésie

Voyage dans le BLEU

Ceux qui voyagent dans les iles polynésiennes ne peuvent manquer d’être enchantés par la «symphonie» de BLEUS se déployant à travers leurs paysages. Monde essentiellement maritime avec sa succession de lagons, ses littoraux et son océan changeant, Tahiti propose une palette de couleurs qui n’a nul équivalent de par le monde.

La couleur surtout et peut-être plus encore que le dessin est une libération”, a affirmé un jour le peintre Henri Matisse qui séjourna trois mois à Tahiti, en 1930, poussant même son exploration jusqu’aux atolls d’Apataki et de Fakarava. Il y fut, irrémédiablement, marqué par la luminosité si particulière des paysages de nos îles et de leur cortège de bleus. Une couleur à la présence obstinée qui libéra un nouvel élan créatif chez ce grand révolutionnaire de la peinture. Nos visiteurs n’échappent pas à cette sensation de libération, l’admiration devant ces bleus si intenses ayant quasiment l’effet d’une thérapie. Surtout pour ceux qui viennent de contrées où règne la grisaille de longs hivers.

Intense, voire violent, ce “Bleu qui fait mal aux yeux” – titre plein d’à-propos d’un recueil de nouvelles sur la Polynésie française écrit par Alex du Prel – est la couleur reine des 118 îles, dispersées sur une surface océanique de 5,5 millions de Km2.

Rares sont donc les terres au sein de ce “grand bleu” océanique. Et, quelque part entre Terre et Océan, il existe, ici, un autre univers particulier dont la Polynésie constitue un lieu d’observation privilégié : celui des lagons, ces étendues marines spécifiques qui doivent tout à ces grands bâtisseurs des océans que sont les coraux. Par la construction de barrières naturelles monumentales au cours de milliers d’années, ces organismes vivants vont créer la frontière délimitant le monde de la haute mer et celui du lagon et de ses fééries multicolores.

Une grande partie de la trentaine d’îles dites “hautes” du pays en sont ceinturées et la Polynésie française compte également 83 îles coralliennes ou atolls. Là, une mince couronne de corail isole l’océan de lagons de toutes dimensions et de toutes configurations. Éléments dominants du paysage de nos îles, vitaux par les ressources qu’ils procurent à la population, ces espaces lagonaires s’étendent sur 12 900 Km2. Ce qui représente plus de quatre fois la surface de toutes les terres émergées… Il s’y déploie un bouquet de couleurs et de lumières que le visiteur ne se lassera jamais d’admirer. Un spectacle constamment renouvelé à l’origine de noms de lieux si évocateurs : le “Lagon Bleu” à Rangiroa, le “Lagon Vert” de Ahe, le “Motu Piscine” à Raivavae… Mais quels sont les secrets de ces eaux apparaissant à leurs contemplateurs tantôt cristallines, tantôt bleues, tantôt vertes, tantôt sombres ?

Jeux de lumières

Tout part de notre astre, le soleil, et de sa lumière en fait composée des différentes ondes constituant le spectre lumineux. Quand cette lumière arrive sur la surface de la mer, une partie de son rayonnement est réfléchi, se perdant alors dans l’atmosphère. Toutes les longueurs d’onde ne sont pas absorbées aussi vite les unes que les autres par les molécules d’eau. La couleur de la mer est donc essentiellement due à l’absorption par l’eau des parties violettes, jaunes, orange et rouges du spectre solaire. Ne reste visible pour les yeux humains que le bleu… Ce sont les ondes correspondant aux couleurs rouges et jaunes qui disparaissent en premier (entre 10 à 30 m de profondeur), suivies des vertes (vers 60 mètres), pour ne laisser ensuite que les bleues. Des bleus qui finissent d’être absorbés vers 90 mètres de profondeur en laissant place au noir des abysses.

Plus on se rapproche du littoral et moins le phénomène d’absorption est important, amoindri par le faible volume d’eau. Dans ces faibles profondeurs, la couleur rouge est la seule à être absorbée, laissant les eaux proches du littoral d’une couleur perçue comme verte. A l’inverse, plus la profondeur est importante, plus l’absorption s’opère sur les ondes jaunes et vertes qui disparaissent progressivement.

La mer apparait à nos yeux comme d’un bleu de plus en plus sombre. La langue tahitienne dispose, d’ailleurs, d’un terme spécifique pour désigner, intelligemment, à la fois cette couleur mais aussi ce type d’étendue d’eau : moana (l’océan, en tahitien) désigne, ainsi, à la fois la couleur “bleu foncé” mais, également, l’endroit où commence la mer profonde avec cette couleur si particulière. Ayant des profondeurs très variables, celles-ci allant de quelques centimètres d’eau à plusieurs dizaines de mètres, les lagons offrent donc toute la palette des couleurs rendues possible par ce jeu de la lumière. L’ensoleillement constant de nos îles sous nos latitudes fait le reste.

Micro-organisme mais grand effet

Mais les phénomènes dus à la lumière ne sont naturellement pas les seuls responsables de cette couleur si belle et particulière de nos eaux. Autre facteur déterminant, la présence en quantité plus ou moins importante de phytoplancton, terme désignant l’ensemble des organismes végétaux microscopique qui demeurent en suspension dans l’eau. Ceux-ci, qui contiennent de la chlorophylle, absorbent plus facilement l’onde lumineuse bleue. Plus ils sont présents et plus l’eau prend une coloration verte. D’une manière générale, les lagons de Polynésie française présentent une faible concentration en phytoplancton. En cela, ils ne diffèrent guère de l’Océan Pacifique qui les entoure et qui les alimente en eau via les passes. Sous nos latitudes, l’Océan Pacifique est “pauvre”, d’un certain point de vue, justement en raison de la faible présence de ce fameux phytoplancton. Ce qui fait d’ailleurs dire aux océanographes que “le bleu est la couleur désertique de la mer”… Un étonnant paradoxe d’ailleurs puisque c’est, finalement, ces paysages de “désert océanique” qui sont appréciés par les visiteurs, devenant le symbole même d’un environnement idyllique.

“Désert océanique”, certes, mais justement ces mêmes océanographes et spécialistes pointent la richesse de la faune et de la flore sous-marines des atolls qui constituent les “oasis de vie” de ce grand désert. Mais pour en revenir à notre microscopique mais néanmoins fort utile phytoplancton, sa présence est plus ou moins importante suivant la configuration des lagons (taille, profondeurs, etc…), voire telle ou telle zone de ces mêmes lagons.

Pureté

Autre élément important de cette grande symphonie de couleurs, le temps. Le matin, la production de phytoplancton n’a pas encore débuté. On peut donc profiter d’une eau plus transparente. Durant la journée, les microorganismes qui le composent se développant davantage, le lagon devient alors un peu plus “trouble” et un peu plus vert. Ce qui explique donc, en partie, des changements constants de la luminosité des paysages, les rendant si agréables à regarder. Lorsque les lagons sont isolés de l’Océan, le phytoplancton a tendance à être plus présent et donc les eaux plus vertes. L’exemple parfait de ce phénomène est le petit atoll de Niau, dans l’archipel des Tuamotu. Il fait partie des rares atolls dont le lagon ne communique pas avec la pleine mer.

Du coup, celui-ci présente une surprenante coloration verte ! La couleur des lagons et des eaux est donc conditionnée par tous ces différents facteurs : absorption des ondes lumineuses, présence de particules minérales et de phytoplancton, mais aussi profondeur de l’eau et, évidemment, nature et teinte des fonds sous-marins. À Tahiti, les fonds de sable noir d’origine volcanique ne donneront pas la même couleur que les plages de sable blanc d’origine corallienne des îles des Tuamotu.

Autre phénomène intéressant à noter, en avion – c’est-à-dire à partir d’une vue d’altitude, les paysages maritimes sont encore perçus différemment en raison de la modification de la lumière lors de sa traversée des couches atmosphériques. Par temps dégagé, l’impression de bleu et la pureté de cette couleur y sont renforcées !

D’où, le spectacle encore plus saisissant que procurent les paysages polynésiens quand ils sont vus du ciel !

Que ce soit depuis les hauteurs du ciel, confortablement allongé dans un transat sur une plage de sable fin d’un motu de Bora Bora ou au cours d’une traversée du vaste lagon de Rangiroa, le spectacle est donc toujours au rendez-vous, chaque jour, voire chaque heure. Tout en étant de la même planète, la nature généreuse des îles vous offrira des visions uniques semblant appartenir à un autre monde...

 

Source : Maeva Li, Air Tahiti Magazine

Un Commentaire

  1. Un petit coucou de Paris. J’ai beaucoup aimé cette “symphonie de bleus”. Je vais sûrement rêver en bleu cette nuit 🙂
    Bisous.